Collection: Une chose pour une autre | Saul Sanchez

De 21 mai 2026 à 15 juillet 2026

« One Thing for Another » est une série de peintures à l’huile représentant des assiettes parlantes, des assiettes décoratives françaises et anglaises du XIXe siècle qui combinaient images, lettres et mots pour créer des rébus : des énigmes invitant à une interprétation et à un décodage ludiques. Je m’intéresse à la façon dont ces objets sont passés des vitrines aristocratiques aux tables populaires, et à la façon dont leur fonction s’est étendue : de la nourriture au langage, à l’humour et à l’énigme. En augmentant leur échelle, j’exagère leur présence et j’interroge leurs usages : est-ce une assiette, une image ou une énigme ?

Pendant le repas, la décoration émergeait lentement, comme un secret partagé entre les convives. Résoudre le message exigeait un geste intime : tourner l’assiette, révéler le dos, vérifier la réponse. Ce bref jeu entre l’image et le mot, entre la nourriture et le sens, est au cœur de ce travail et s’étend à la manière dont je traite le sens lui-même. En reproduisant ces assiettes, j’altère leurs phrases originales, parfois délibérément, parfois intuitivement, parfois sans en connaître moi-même le résultat.

Les peintures sont accompagnées d’une œuvre murale composée de formes en MDF peintes qui, ensemble, rendent une phrase en sténographie Gregg, un système sténographique développé à la fin du XIXe siècle pour enregistrer la langue parlée rapidement et discrètement, aujourd’hui largement oublié. Le rébus et la sténographie Gregg partagent une logique commune : plutôt que de suivre l’orthographe conventionnelle, les deux systèmes organisent le langage autour des sons de la parole, traduisant les mots en image et en geste. Les formes fluides et abstraites se lisent comme une forme pure avant de se lire comme un script. La phrase dit : « Cette image est un bel ajout à notre collection. » Écrit dans un système que peu de gens peuvent déchiffrer aujourd’hui, la déclaration réalise sa propre disparition, un jugement sur la valeur et l’appartenance, encodé et retenu.

Cette tension entre lisibilité et opacité traverse toute l’exposition. Mon travail explore comment le sens se transforme et se décompose lorsqu’il voyage entre différentes langues, médiums et systèmes de communication. Ces plaques, également françaises, portant également des codes qui nécessitent un déchiffrement, deviennent un moyen de réfléchir à cette expérience, au travail, à la classe, à ce que signifie essayer de lire un système qui n’a pas été fait pour vous. La réponse, dans l’histoire de ces plaques, est toujours au dos. Il faut retourner l’objet pour le comprendre.