De 24 mai 2024 à 17 juillet 2024
Informations sur l'exposition
Il était une fois… Cette phrase introductive, célèbre dans le genre littéraire des contes de fées, marque durablement les jeunes lecteurs et continue d’exercer son influence évocatrice sur les moins jeunes, les invitant sans cesse à la rêverie, au divertissement et à l’émerveillement. Marilyne Bissonnette convoque indéniablement cet univers ; elle en suit la logique structurelle et sémantique et la transpose dans des œuvres sculpturales qui explorent l’ambivalence constante entre la notion de plaisir et la dureté de la vie.
Évoquer le « conte de fées » suscite l'« ambivalence », révélant ainsi une double finalité narrative. La première, initiée par la perception iconique de l'œuvre, nous amène à reconnaître les formes : ici des lièvres ou des lapins, là des perruches. Ces animaux suscitent la sympathie par leur douceur ou leurs couleurs, par la proximité qu'ils nous offrent, liée à la sphère domestique ; ils nous accompagnent et nous apportent de la joie. L'installation « Douleurs et Exaltations » présente une grande table sur laquelle des lapins sont disposés au milieu d'une végétation atypique composée de fragments de corps. La scène est étrange car elle est à la fois drôle, séduisante et troublante. En effet, la posture anthropomorphe des lapins et la présence de la fragmentation évoquent une seconde finalité narrative : une lecture interprétative qui critique la tendance de l'homme à négliger et à nuire à la faune sauvage, mais aussi à s'approprier ces animaux sans respect ni considération pour la dimension sacrée de la vie. Seule l'utilité compte-t-elle ? Les sculptures en laine de mouton de « The Next » sont marquées, à l'instar des troupeaux marqués pour indiquer leur appartenance à un propriétaire. Les bannières de vison de « La Fête », en revanche, évoquent les colliers portés par les femmes les plus riches, symbole d'aisance et de prestige. Et que dire de la pile de perruches dans « L'Ordre », qui semble confinée dans un espace bien trop restreint !
Sous couvert d'un esprit festif et d'une esthétique enfantine, à quel prix sommes-nous prêts à sacrifier la satisfaction de nos désirs et notre confort ? Si l'artiste maintient l'ambivalence entre sensibilité et insensibilité, elle évite les clichés, n'est ni naïve ni menaçante. L'appel à la vigilance et au respect de la vie est lancé selon les règles subtiles du récit qu'elle réapproprie et qui consistent à divertir, amuser et émerveiller tout en nous invitant à prendre conscience de nos actes.
Texte d'Émilie Granjon